Modèle à recopier
Gestion des EPI chantier : le registre de dotation, modèle et mode d'emploi
Publié le 30/07/2026
Les EPI sont le seul poste de matériel où l'absence de trace se paie deux fois : une fois en rachats invisibles au fil de l'année, une fois le jour où il faut prouver qu'un salarié avait bien son harnais et qu'il savait s'en servir.
La gestion des EPI sur un chantier échoue rarement par mauvaise volonté. Elle échoue parce que casques, gants et chaussures sortent du dépôt sans être rattachés à personne : ce sont des « fournitures », pas du matériel suivi. Six mois plus tard, plus personne ne sait qui a reçu quoi, ni depuis quand un harnais tourne sur les chantiers. Voici le document qui règle le problème — un registre de dotation en deux feuilles, prêt à recopier — puis ce que la réglementation exige réellement autour de lui.
Le registre de dotation des EPI, en deux feuilles
Un seul tableau ne suffit pas, et c'est l'erreur la plus répandue : soit on tient une liste collective sans preuve individuelle, soit on empile des fiches signées sans jamais avoir de vue d'ensemble. Il faut les deux, et elles se remplissent à deux moments différents.
Feuille 1 — le tableau collectif, tenu au dépôt
C'est la vue d'ensemble : une ligne par salarié et par EPI remis. Elle vit au dépôt, à côté du stock, et répond à une seule question : où en est-on ?
| Colonne | Contenu | Exemple |
|---|---|---|
| Salarié | Nom, prénom — jamais « l'équipe » | Berthier Karim |
| Poste / équipe | Détermine les EPI dus | Coffreur — équipe gros œuvre |
| EPI remis | Désignation normalisée | Harnais antichute + longe absorbeur |
| Taille / référence | Évite le « il n'était pas à ma taille » | Taille L — réf. HAR-2P |
| N° de série | Obligatoire dans les faits pour l'antichute et le respiratoire | EPI-0142 |
| Date de remise | Point de départ de tout le suivi | 30/07/2026 |
| Prochaine échéance | Vérification périodique ou contrôle d'état | ≤ 29/07/2027 (VGP) |
| Visa | Renvoie à la fiche individuelle | Fiche n° 27 |
Feuille 2 — la fiche de dotation individuelle, signée une fois
Une fiche par salarié, ouverte à l'embauche et complétée à chaque renouvellement. C'est elle qui a une valeur de preuve, parce qu'elle réunit la remise et l'information qui l'accompagne. Trame à recopier telle quelle :
- En-tête — Entreprise ____ · Salarié (nom, prénom) ____ · Poste ____ · Agence ou dépôt de rattachement ____ · Fiche n° ____
- Dotation initiale — un tableau à cinq colonnes : EPI · référence et taille · n° de série s'il existe · date de remise · motif (embauche)
- Information et formation — trois cases à cocher et dater : risques contre lesquels l'EPI protège, expliqués ; consigne d'utilisation remise ; entraînement au port effectué (obligatoire dans les faits pour l'antichute et le respiratoire)
- Renouvellements — un tableau à quatre colonnes : date · EPI remplacé · motif (usure, casse, perte, échéance de vérification, changement de taille) · visa du magasinier
- Restitution — EPI rendus en fin de contrat, date, état constaté
- Mention finale — « Je reconnais avoir reçu les équipements ci-dessus, avoir été informé des risques contre lesquels ils me protègent et de leurs conditions d'utilisation. » · Date ____ · Signature du salarié ____ · Signature du responsable ____
Ce que la réglementation demande vraiment
Aucun texte n'impose un registre de dotation des EPI dans une forme donnée. Ce qui est imposé, c'est le résultat, et il tient en trois points vérifiables, dans le cadre de l'obligation générale de sécurité de l'article L. 4121-1 :
- Fournir gratuitement et maintenir en état — article R. 4323-95 : les EPI et vêtements de travail sont fournis gratuitement par l'employeur, qui en assure le bon fonctionnement et l'état hygiénique par les entretiens, réparations et remplacements nécessaires.
- Informer sur les risques — article R. 4323-104 : informer les travailleurs des risques contre lesquels l'équipement les protège et de ses conditions d'utilisation.
- Former au port — article R. 4323-106 : formation adéquate, comportant au besoin un entraînement au port, renouvelée aussi souvent que nécessaire, et consigne d'utilisation établie.
Le registre n'est donc pas l'obligation : il en est la preuve. Le jour d'un accident, une fiche datée et signée vaut mieux qu'une facture d'achat de casques — la facture prouve que vous avez acheté, pas que le salarié a reçu.
Échéances : ce qui est réglementaire, ce qui relève du fabricant
Beaucoup d'entreprises appliquent un contrôle annuel uniforme à tous leurs EPI. C'est trop pour certains et insuffisant pour d'autres. La règle se lit à deux niveaux.
| Famille d'EPI | Ce qui est imposé | Ce qui se décide en interne |
|---|---|---|
| Antichute (harnais, longes, absorbeurs, lignes de vie) | Vérification générale périodique au moins tous les 12 mois, par une personne compétente — arrêté du 19 mars 1993 | Contrôle visuel par le porteur avant chaque utilisation ; durée d'utilisation selon la notice du fabricant ; mise au rebut immédiate après une chute |
| Respiratoire (appareils autonomes d'évacuation, appareils pour interventions accidentelles, stocks de cartouches filtrantes anti-gaz) | Vérification générale périodique au moins tous les 12 mois — même arrêté | Suivi des dates de péremption des filtres, stockage à l'abri |
| Gilets de sauvetage gonflables (travaux à proximité de l'eau) | Vérification générale périodique au moins tous les 12 mois — même arrêté | Contrôle de la cartouche de gonflage |
| Casques, chaussures de sécurité, gants, lunettes, protections auditives, vêtements haute visibilité | Pas de périodicité fixée par cet arrêté ; obligation de maintien en état et de remplacement (R. 4323-95) | Critères de remplacement écrits (choc reçu, coque fissurée, semelle percée, marquage illisible) et durée d'utilisation indiquée par la notice du fabricant |
Deux conséquences pratiques. D'abord, seuls les EPI de la première liste ont besoin d'un numéro de série individuel et d'une date d'échéance dans votre registre : c'est là que se joue le vrai suivi. Ensuite, pour tout le reste, écrivez vos propres critères de rebut — sinon la décision revient au compagnon, qui gardera son casque abîmé pour ne pas déranger le magasinier.
Intérimaires et sous-traitants : la zone floue
C'est le point sur lequel les chantiers se trompent le plus souvent. L'article L. 1251-23 du Code du travail prévoit que les EPI sont fournis par l'entreprise utilisatrice — celle qui accueille l'intérimaire — certains EPI personnalisés pouvant être fournis par l'entreprise de travail temporaire lorsqu'une convention ou un accord collectif le prévoit. Dans tous les cas, aucune charge financière ne peut peser sur le salarié temporaire.
Concrètement, l'intérimaire qui arrive lundi matin doit avoir sa ligne dans votre registre comme un permanent, avec la date de remise et la restitution en fin de mission : sans elle, vous ne pouvez rien prouver et le matériel part avec la mission. Pour les sous-traitants, à l'inverse, chaque employeur équipe ses propres salariés — votre rôle est de vérifier la conformité à l'accueil, pas de dépanner en gants sur votre stock.
Tenir le registre dans la durée
Un registre EPI meurt toujours de la même façon : rempli sérieusement trois semaines, puis abandonné parce qu'il vit ailleurs que le stock. Cinq règles suffisent à le maintenir.
- Une seule porte. Les EPI se prennent au dépôt ou au magasin, jamais dans un carton en libre-service. Le principe est le même que pour le bon de sortie de matériel : pas de sortie sans trace.
- La ligne se remplit à la remise. Pas le soir, pas en fin de semaine. Une dotation notée de mémoire est déjà fausse.
- Une échéance qui ne se voit pas n'existe pas. Les dates de vérification des antichute doivent apparaître quelque part où quelqu'un regarde — sinon elles passent.
- Le registre se relit à l'inventaire. Rapprochez les EPI sortis et le stock restant à chaque comptage : c'est le moment naturel pour repérer les fiches jamais complétées. Notre guide sur l'inventaire de dépôt BTP détaille la méthode.
- Un responsable nommé. Dans la plupart des entreprises c'est le magasinier ; encore faut-il que ce soit écrit, et que quelqu'un le remplace pendant ses congés. Voyez à ce sujet la gestion de magasin BTP.
Enfin, ne séparez pas les EPI du reste de votre matériel : ce sont des articles de stock avec un seuil de réapprovisionnement, comme les consommables. Les traiter à part, dans un classeur isolé, c'est se garantir de découvrir le manque de gants un lundi matin — le mécanisme est celui décrit dans notre guide sur le suivi du matériel de chantier, et la présentation de Stockéo montre l'ensemble en fonctionnement.
Vos EPI suivis comme le reste du matériel
Dans Stockéo, « Sécurité / EPI » est une catégorie de stock à part entière : vous voyez ce qu'il reste au dépôt, qui a reçu quoi et à quelle date, et vous êtes prévenu avant de tomber à zéro. Le registre signé reste votre document, mais vous ne le reconstituez plus de mémoire. 14 jours d'essai gratuit.
Essayer Stockéo gratuitementQuestions fréquentes
Le registre de dotation des EPI est-il obligatoire ?
Aucun article du Code du travail n'impose la tenue d'un registre de dotation des EPI sous une forme donnée. Ce qui est imposé, c'est le résultat : l'employeur fournit gratuitement les équipements appropriés et les maintient en état (article R. 4323-95), informe les salariés des risques couverts (article R. 4323-104) et les forme à leur port (article R. 4323-106). En cas d'accident ou de contrôle, il doit pouvoir le démontrer. Le registre est simplement le moyen le plus simple d'en garder la trace.
Qui fournit les EPI d'un intérimaire sur un chantier ?
L'article L. 1251-23 du Code du travail prévoit que les équipements de protection individuelle sont fournis par l'entreprise utilisatrice, c'est-à-dire celle qui accueille l'intérimaire sur son chantier. Certains EPI personnalisés, définis par convention ou accord collectif, peuvent être fournis par l'entreprise de travail temporaire. Dans tous les cas, les EPI ne doivent entraîner aucune charge financière pour le salarié temporaire.
Tous les EPI doivent-ils être vérifiés une fois par an ?
Non. L'arrêté du 19 mars 1993 fixe la liste des EPI soumis à vérification générale périodique au moins tous les douze mois : systèmes de protection individuelle contre les chutes de hauteur, appareils de protection respiratoire autonomes destinés à l'évacuation, appareils respiratoires pour interventions accidentelles en milieu hostile, gilets de sauvetage gonflables et stocks de cartouches filtrantes anti-gaz. Pour les casques, chaussures, gants, lunettes ou protections auditives, cet arrêté ne fixe pas de périodicité : le remplacement se décide sur l'état constaté et selon la notice du fabricant.
Faut-il faire signer la remise des EPI ?
Rien ne l'impose, mais c'est la pratique la plus utile. Une fiche de dotation signée par le salarié atteste à la fois de la remise de l'équipement et de l'information qui l'accompagne. Elle protège aussi le salarié : elle établit qu'il a demandé et reçu le matériel adapté. À l'inverse, une signature obtenue en bloc sur une liste vide de dates n'a aucune valeur pratique.